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Etat des lieux du secteur de la Microfinance au Congo 

                  

 

La République démocratique du Congo, un pays pauvre et sous bancarisé

La République  démocratique du Congo se trouve aujourd'hui dans une situation de paupérisation généralisée. Le revenu moyen des congolais se situerait en dessous du seuil de pauvreté absolue.

Le pays demeure jusqu'à ce jour sous-bancarisé. Pour un pays de plus de soixante millions d'habitants, le taux de couverture par les institutions bancaires serait estimé à un guichet pour 2 millions d'habitants ou pour une superficie de 56.000 km2. Par ailleurs, la majorité de la population constituée de pauvres entrepreneurs (près de 80%) ne peut pas accéder aux services financiers faute d'institutions de proximité fiables. Bien que les gens demeurent encore très méfiants l'émergence de la  micro finance en RDC a été freinée à cause de guerres interminables suivies d’une période de paix récente et encore troublée par la période électorale. Le gouvernement tarde à être mis en place et l’exécution de plusieurs projets subissent les conséquences.

 

La Microfinance, un secteur important dans la lutte contre le pauvreté

Selon la compréhension populaire, la microfinance est considérée comme les dispositifs permettant d’offrir de très petits crédits (microcrédits) à des familles très pauvres pour les aider à conduire des activités productives ou génératrices de revenus leur permettant ainsi de développer leurs petites entreprises.

Cependant, avec le temps et le développement de ce secteur particulier de la micro finance partout dans le monde y compris dans les pays développés, la microfinance s’est élargie pour inclure désormais une gamme de services plus large (crédit, épargne, assurance, transfert d’argent, etc.) à une clientèle plus étendue c’est-à-dire à toutes personnes ayant une PME ou qui désirent en démarrer une.

Les institutions ne se limitent plus à l’octroi de microcrédit aux pauvres mais bien à la fourniture d’un ensemble de produits et services financiers adaptés à tous ceux qui sont exclus du système financier classique ou formel et à tout ceux et celles qui demeurent dans des régions où il y a absence d’institutions bancaires fiables.  

Cette exclusion de la masse du circuit bancaire, conséquence de la pauvreté et de la précarité, est à la base de ce concept de bancarisation de masse, entendu comme l’offre de services financiers d’épargne, de crédit et de moyen de paiement, au profit des populations à faible revenu (artisans, commerçants, agriculteurs, salariés,…).

L’histoire de la micro finance en RDC remonte depuis l’époque coloniale et s’étale généralement sur quatre périodes :

1.               Période coloniale à 1970,

2.               de 1970 à 1990,

3.               de 1990 à 2002

4.               de 2002 à ce jour

Elle révèle que deux catégories d’agents économiques essentiellement offrent    des   services de microfinance en RDC. Il s’agit des coopératives d’épargne et de crédit, COOPEC  qui opèrent depuis les années 1970 et des  institutions de microfinance, IMF  qui se sont développées depuis les années 1990, d’abord dans l’informel, puis, depuis 2003, dans le secteur formel.

Ces deux types représentent les institutions financières dites « de proximité » de la RDC, c’est-à-dire celles qui visent à assurer l’auto-promotion économique et sociale des populations à faibles revenus. Cependant depuis 2002, des institutions internationales sont arrivées avec l’intention de faire de la microfinance avec des crédits allant de 250$ jusqu’à 20 000$.

Les Coopératives d’épargne et de crédit (COOPEC) sont régies actuellement par la  loi n°002/2002 du 02 février 2002 portant dispositions applicables aux coopératives d’épargne et de crédit qui définit les règles précises relatives à leurs organisation et fonctionnement, les modalités de leur regroupement, en même temps qu’elle pose les principes de base d’une réglementation prudentielle de leurs activités, à élaborer Banque Centrale du Congo. Les Institutions de microfinance ne sont pas régies par une loi spécifique mais plutôt par un Règlement qui est l’instruction n°1 du 12 septembre 2003, telle que modifiée le 18 décembre 2005.

Les difficultés de supervision des institutions de microfinance par la BCC sont également très limitées et il est nécessaire que les différents acteurs unissent leurs forces afin de protéger l’évolution du secteur de la microfinance dans un environnement sain et dans un cadre réglementaire qui tient compte des différentes réalités du terrain.

Le grand défi du secteur de la microfinance était en 2002 l’assainissement du secteur. En 2007, c’est le même défi auquel s’est ajouté celui de fournir des services financiers à plus de gens pour améliorer leur qualité de vie, créer des emplois et redynamiser le développement économique des différentes provinces.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Besoins de la RDC en services financiers

Les besoins en de la République Démocratique du Congo en services financiers se justifient par l’immensité de son territoire national et sa population, mais aussi par la pauvreté de cette population et la sélectivité du système bancaire classique.

L’immensité du territoire national et la population

La République Démocratique du Congo s’étend sur une superficie de 2.350.000 de kilomètres carrés et compte près de 60 millions d’habitants avec un taux de croissance démographique compris dans la fourchette de 3 à 3,2% l’an. Au moins 60% de cette population vivent en milieu rural et principalement de l’agriculture traditionnelle, de la chasse et de la pêche traditionnelle.

La pauvreté de la population congolaise

En dépit de touts ses immenses ressources humaines et de sous-sol, La République Démocratique du Congo est classée parmi les pays les plus pauvres du monde. Elle se trouve aujourd’hui dans une situation de paupérisation généralisée. En 2001 le PIB/H est estimé à près de 74 $ USD. Le niveau du revenu par habitant et par jour est en 1973 à 0,91 USD, est passé en 1985 à 1,31 USD, et à 0,30 USD en 1998. Le revenu moyen des congolais se situerait en dessous du seuil de pauvreté absolue.

 La sélectivité du système bancaire

 

La population congolaise, dans sa large majorité, est victime de l’exclusion bancaire qui est une des conséquences de la pauvreté et de la précarité. L’accès, même minimal, aux services bancaires, est refusé à la quasi-totalité de la population congolaise. Cette situation justifie la nécessité de la mise en place des institutions de proximité pour la distribution de différents services financiers dont la population a besoin pour le développement de ses activités.

 

En conclusion, les besoins sont très nombreux, le territoire à couvrir est vaste, les moyens sont limités et encore en 2007, beaucoup trop de personnes ne mangent pas à leur faim, n’ont pas les moyens pour payer les soins de santé nécessaires, ne peuvent pas fournir l’éducation à leurs enfants et  le peu d’institutions de microfinance existantes ont besoin d’appuis et de renforcement à tous les niveaux tout au autant que la population de ces différentes provinces.

 

 

Offre des services financiers en RDC - Les intervenants dans le secteur 

 

 

Outre les coopératives d’épargne et de crédit ainsi que les IMF opérant dans la légalité, il existe 

·        des individus ou des groupes de base bénéficiaires des services de Microfinance à travers des organisations internationales

·         des institutions informelles,

·         des banques commerciales étrangères

·         des bailleurs de fonds qui interviennent au niveau du renforcement des capacités dans leurs actions sur le terrain et octroi du financement en nature

·         le gouvernement, en l’occurrence le ministère de l’Industrie, Petites et Moyennes Entreprises et, la Banque Centrale du Congo.

·         Quelques institutions d’enseignement spécialisées

·         Des ONG opérant dans le renforcement des capacités spécialisées dans les technologies appropriées et travaillant directement avec la base

·         Plusieurs bailleurs de fonds internationaux ainsi que plusieurs projets existant ou à venir : Banque Mondiale – KFW – PNUD/FENU – GTZ – ACDI – PROCREDIT – FINCA – CGAP

 

Quelques structures disent assurer l’encadrement des institutions de microfinance tant au niveau professionnel qu’à celui institutionnel. L’encadrement vise, entre autres, la promotion et le développement du secteur.

Au niveau professionnel, on note le Regroupement des Institutions du Système de Financement Décentralisé au Congo (RIFIDEC) et deux autres grandes structures d’encadrement à l’ouest de la RDC : Forum de la microfinance du Bas-congo (FOMIF-Bas-Congo) et Forum de la microfinance du Bandundu (FOMIF-Bandundu) encadrés par le PNUD/UNOPS. 

En RDC, il y a principalement GEMIFIC qui est composé d’experts en microfinance, qui a un centre de formation professionnelle spécialisé en microfinance et adapté aux besoins des institutions de microfinance existantes et à celles qui veulent le devenir. Représentant exclusif autorisé en RDC du logiciel LOAN PERFORMER, ces experts sont aussi des professionnels dans l’informatisation des institutions de microfinance. Un volet de GEMIFIC consiste à fournir des services de comptabilité et de plans d’affaires pour les entrepreneurs de tous les niveaux. 3 comptables agrées font partie de leur équipe et ils peuvent aussi fournir le service d’audit  des institutions de microfinance et recevoir des mandats de tutelle de la BCC ou du ministère selon le cas. Ils ont aussi l’expérience à l’intérieur du pays soit au Bandundu, à l’Equateur et au Katanga.

Au niveau institutionnel, l’encadrement est assuré à la fois par le ministère de l’Industrie, PME et la Banque Centrale du Congo par sa direction de supervision des intermédiaires financiers au travers de la Sous-direction de la Microfinance créée en 2000.

Cibles

     

     Pour être durable et efficace, les interventions doivent viser 3 cibles directes:

 

      1.       La population de toutes les couches sociales
      2.       Les ONGs spécialisées dans les technologies appropriées
      3.      Les employés et dirigeants des institutions de microfinance

      

La population de toutes les couches sociales

 

La population constitue une cible importante car elle comprend les clients potentiels des institutions de microfinance.  Le tout premier partenaire du secteur de la microfinance est le client qui bénéficie des services des institutions de microfinance.

 

 

Les ONGs spécialisées dans les technologies appropriées

 

 

La population a besoin de formation en technologies appropriées pour créer ou développer leurs activités génératrices des revenus. Les organisations non gouvernementales spécialisées dans ces technologies sont donc également des partenaires importants voire même indispensables afin de maximiser le développement économique des différentes régions.

 

        Les employés et dirigeants des institutions de microfinance

 

Les institutions de microfinance sérieuses doivent travailler avec le souci de satisfaire les besoins financiers de leurs membres ou clients, de gérer avec une bonne gouvernance, dans la transparence, avec une grande rigueur afin de développer la confiance mutuelle indispensable à sa réussite. Pour y arriver elles doivent être bien organisées, performantes et viables, bien gouvernées. Pour cela, aussi bien les employées que les dirigeants des institutions de microfinance ont besoin de formation, d’encadrement et de suivis. 

Types d’opérations micro financières   

 

Les opérations réalisées par les IMF et COOPEC en RDC se résument en l'octroi des crédits et à la collecte de l'épargne aussi bien que le circonscrit l'instruction n° 1 suivant la modification du 18 décembre 2005 dans ses articles 6 et 7 et la loi 002-2002 dans son article 8:

Les Institutions de microfinance sont autorisées, dans les limites fixées par la présente Instruction, à effectuer les opérations suivantes

·        la collecte de l’épargne

·        l’octroi des microcrédits

 

Les Institutions de microfinance peuvent effectuer des opérations et services connexes à leur activité telles que :

·       les opérations de crédit-bail

·        la location de coffre-fort

·        les actions de formation

 

Ces opérations et services doivent demeurer d’une importance limitée par rapport à l’ensemble des activités de collecte de l’épargne et/ou d’octroi de microcrédits. Les Institutions de micro-finance disposant d’un excédent de ressources peuvent effectuer des placements auprès des banques commerciales ou acquérir des titres d’emprunt émis par l’Etat ou la Banque centrale du Congo ».

Pour les COOPEC : La coopérative d’épargne et de crédit ne peut exercer une activité autre que collecter l’épargne de ses membres et leur consentir du crédit, sauf dans les conditions déterminées par la Banque Centrale.

Il convient de relever que l’offre des services microfinanciers est très limitée en RDC. L’absence d’une politique nationale de la Microfinance constitue un autre défi que le Ministère de tutelle doit relever prochainement. Le ministère qui a la tutelle présentement est le ministère de l’Industrie PME mais il est possible qu’il y ait un transfert au ministère des Finances.

Contraintes 

Eloignement des zones

La distance entre les provinces est tellement grande que les déplacements doivent être effectués par avion et encore là, tous sont confrontés à des problèmes d’horaires, de fréquence des vols, de sécurité de ce mode de transport.

A l’intérieur des différentes provinces, nous constatons que plusieurs villages sont encore complètement  isolés du reste du monde et n’ont aucun moyen d’accès à la civilisation. D’autres se déplacent en pirogues ce qui n’est pas pour faciliter l’octroi du crédit.

Transport et communication

La République Démocratique du Congo dispose d’un réseau routier et ferroviaire en très mauvais état et très modeste compte tenu de son étendue. Les provinces sont isolées les unes des autres. Cela pose un problème de mobilité. Nous avons remarqué une amélioration des services et l’ajout de vol par plusieurs compagnies aériennes entraînant une augmentation des tarifs dans plusieurs cas. 

Absence ou système électrique défaillant

Malgré le fait que la République Démocratique du Congo se trouve être un grand producteur d’énergie électrique, le pays n’est pas suffisamment électrifié. Cette situation oblige les institutions de microfinance à affronter les coûts d’opération des groupes électrogènes et leurs pannes. Les mécaniciens sont parfois malhonnêtes et sans scrupules. Les pièces de rechanges sont rarement disponibles et occasionnent des délais incontrôlables.

Opportunités et menaces  

Les bailleurs de fonds internationaux

Les différents bailleurs de fonds tant bilatéraux que multilatéraux ayant développé une compétence dans la bancarisation de masse veulent bien participer à la mise en place des institutions de microfinance et au renforcement des capacités des institutions de microfinance existantes.

Les dispositions légales

La loi n° 002/2002 du 02/02/2002 portant dispositions applicables aux coopératives d’épargne et de crédit définit les règles précises relatives à leurs organisation et fonctionnement, les modalités de leur regroupement, en même temps qu’elle pose les principes de base d’une réglementation prudentielle de leurs activités, et l’instruction n°1 du 12 septembre 2003, modifiée le 18 décembre 2005 sont sous le contrôle de la Banque Centrale du Congo.

La volonté politique

A l’aube de la troisième république, Il y a lieu de compter avec la volonté de la classe politique, et même de la communauté internationale de donner à l’Etat congolais les moyens d’œuvrer massivement à la réduction de la pauvreté qui contraste étrangement avec les richesses naturelles dont le pays regorge. Et encore plus….